Musique : Alain Bashung, Fantaisie Militaire, L'Imprudence et Bleu Pétrole ; Antony and the Johnsons, Cut the World ; plusieurs titres de Samuel Réhault.
Solveig finit par repousser le jeune homme et par se rhabiller.
-T'es pas dans ce que tu fais, ce matin. Tu fais chier. Je t'ai connu plus entreprenant. J'ai plus de temps à perdre, maintenant, là ! Bravo. Merde, merde et merde !
- Pardon !
- J'm'en cogne ! Je te demandais pas grand chose, bordel !... Je dois aller retrouver Elvis... Passe que deux fois par semaine, ce con. Puis je dois me trimballer toute la bouffe jusqu'à Luton pour retourner finalement à la Cave. Puis je suis pas prête de ressortir, après ça ! Tu gonfles, sérieux !"
La jeune femme partit retrouver, à quelques mètres de là, rue Voltaire, une sorte de brouette aux allures de baignoire sur skateboards tandis qu'Elyas tente de la suivre tant bien que mal. Ce satané pied droit avait décidé d'éveiller à nouveau ces douleurs persistantes qui l'avaient laissé tranquille depuis ses hurlements matinaux. Puis Elyas tiqua :
- Qu'est-ce que tu vas foutre à Luton ?
- Xian est de passage, d'après ce qu'on m'a dit.
- Xian... La dealeuse ?
- Tu connais beaucoup de gonzesse au nom chinetoque dans la région, débile ?!
- Je connais pas vraiment Xian. J'en ai juste entendu parlé... Elle est comment ?
- Qu'est-ce ça peut te faire ? C'est une bridée, point !
- Depuis quand tu parles comme une connasse, s'te plaît ?
- Depuis que je viens te voir pour que tu me fasses jouir trois minutes, histoire d'oublier la merde dans laquelle je passe ma vie et, qu'au final, je me retrouve à tenter d'exciter un bande-mou ! Pourtant, quand on voit le bout de bois qui te pousse dessus on pense trouver quelque chose de plus durail, mais bon..."
Elyas ne trouva pas de répartie. Quand on s'attaque à son arbre, il ne sait jamais quoi dire. Il n'arrive toujours pas à prendre du recul avec cette transformation immuable. Il a l'impression d'être comme ces accidentés qui doivent accepter une condition nouvelle d'handicapé. Il n'a pas encore passé suffisamment de caps psychologiques pour se permettre d'en rire, du moins c'est ce qu'il se dit pour trouver des excuses à sa lâcheté.
Solveig, en quelques mouvements maladroitement habituels, s'est arnachée d'un ingénieux système de tractage la faisant ainsi se muer en une sorte de bourrique humanoïde. En mettant à sa bouche une tablette de gomme à mâcher, elle ressemblait d'avantage à une ruminante frêle et décidée. Une vache anorexique aux prétentions de taurillon. Elle fit preuve d'une grande efficacité et de rapidité. En à peine deux minutes, elle disparu du champs de vision d'Elyas, s'engouffrant dans une brume orangeâtre vaporeuse, au loin, au bout de la Cours Anatole France, à l'arrière de la Cathédrale, longeant les jardins de Romuald !
Une mauve. C'était donc une mauve, selon Jeanne, cette fleur derrière son oreille. En rentrant dans la bibliothèque, pour pouvoir changer de vêtements, ceux enfilés quelques heures auparavant étant déjà trop humides et odoriférants, il se rend dans la grande salle et déniche un manuel d'herboristerie. C'est une plante qui ne provient pas d'un arbre, comment pourrait-ce être cette fleur ? C'est une fleur aux vertus apaisante surtout utilisés pour les maux de bouche, lui qui ne parle que très peu, quelle ironie ! Aucune information sur le parfum qu'elle peut dégager. Elyas se l'imagine donc. Il aimerait que cela ressemble à la réglisse ou à la mélisse. Il aimerait que cela soit irritant et sucré. Que ça agresse le palais comme les papilles mais que cela soit aussi tellement bon que l'on souhaiterai le garder longtemps, tant en bouche que dans les sinus.
Il aimerait que cette sapidité se rapproche de celle d'une femme, cette femme dont il avait visiter le lit et l'intimité il y a de ça plus de quatre ans et dont il ne se rappelait pas le nom.
Ce n'est pas tant le sexe avec cette femme qui l'a marqué que sa présence. Un truc qui relève presque du mystique. A deux doigts de songer que c'était Dieu, cette fille. Ou peut-être exagère-t-il les faits. Avec le temps, on a fâcheusement tendance à travestir la réalité. Sûrement prend-il cela aussi pour de l'amour, un béguin déchu. Mais un béguin qui reste, qui se tape l'incruste. Une tocade qui ne lâche pas prise, qui reste accroché de toute ses forces à cette ligne étrange qu'est la mémoire d'Elyas. Sûrement aussi que le souvenir de cette femme est tenace parce que c'est la dernière à l'avoir approché quand il était encore normal. Cet arbre, cette écorce épaisse et croissante que devient pas peau, son corps, c'est comme une croute qui empêche sa mémoire de le quitter. L'arbre, c'est un coffre fort. Le trésor qu'il renferme, c'est l'ambre de son souvenir sensoriel. La douceur du corps, les continents idylliques des yeux et de la bouche, les tornades de la voix, le cataclysme des soubresauts post coïtaux, les liqueurs des eaux... Une femme univers, c'est ça que conserve précieusement en son sein l'arbre inqualifiable d'Elyas. Une carte semble tracée à jamais dans sa mémoire, un parchemin sur lequel on trouve un océan de pétrole en guise de chevelure, un désert de sable et de la terre parfumée de cèdre pour le territoire de son ventre, des mines d'opales aux bouts de ses doigts... Une carte en surimpression sur la vue de son quotidien, comme un gaufrage évanescent au jour le jour.
Sur la large tranche en dorure d'une vieille édition des Œuvres complètes d'un poète mort depuis trop longtemps pour sembler important, Elyas croise le reflet de son regard et de ce bourgeon violacé. Faudra bien vivre malgré tout.
Il n'a que trente ans.
Présentation du blog
Auteur depuis la sortie, en 2010, de mon premier livre (recueil de nouvelles intitulé Les Délétères, aux éditions Mon Petit Editeur), je me lance aujourd'hui dans l'aventure de la rédaction de mon premier vrai roman après avoir délaissé certains projets par manque de motivation... Ce blog a pour but de m'obliger à produire plus avec d'avantage de suivi de façon à concrétiser ce second projet littéraire.
Ce que vous pouvez donc lire sur ce blog tient d'avantage de l'écriture automatique, d'un premier jet, du Work In Progress que d'une œuvre finie... Le texte connaîtra sans nul doute un tas de modifications à l'avenir...
Bonne Lecture !
P.S.: A chaque nouveau chapitre publié, je m'impose un thème que j'ai choisi mais vous pourrez m'en proposer quand bon vous semblera (tant que cela restera cohérent avec l'histoire) et je m'impose de la musique... En introduction à chaque article je mettrai donc en évidence le thème (dans le titre) et l'artiste que j'écoute...
P.P.S.: La Photo de présentation de ce blog a été prise par M. Vincent RIGAUD pour le site Reims Avant dont vous trouverez un lien ci-contre, vous trouverez la photo originale ICI... Elle a été modifiée par mes soins. Vincent, pardon pour la trahison éhontée mais assumée !
Ce que vous pouvez donc lire sur ce blog tient d'avantage de l'écriture automatique, d'un premier jet, du Work In Progress que d'une œuvre finie... Le texte connaîtra sans nul doute un tas de modifications à l'avenir...
Bonne Lecture !
P.S.: A chaque nouveau chapitre publié, je m'impose un thème que j'ai choisi mais vous pourrez m'en proposer quand bon vous semblera (tant que cela restera cohérent avec l'histoire) et je m'impose de la musique... En introduction à chaque article je mettrai donc en évidence le thème (dans le titre) et l'artiste que j'écoute...
P.P.S.: La Photo de présentation de ce blog a été prise par M. Vincent RIGAUD pour le site Reims Avant dont vous trouverez un lien ci-contre, vous trouverez la photo originale ICI... Elle a été modifiée par mes soins. Vincent, pardon pour la trahison éhontée mais assumée !
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