Une brune aux cheveux long et aux yeux marrons. Elle sentait l'essence et la menthe poivrée. Elle ne devait pas avoir plus de trente ans et sa peau était parsemée de grains de beauté plus ou moins épais.
Elyas sortait de chez elle, avait eu une nuit mémorable avec elle, se rappelait le goût qu'avaient certaines parties inférieures du corps de celle-ci mais ne se souvenait pas de son nom. Il avait beau chercher, farfouiller dans les plus sombres tréfonds de sa mémoire, pas moyen que ce nom resurgisse. Pas moyen même de savoir s'il l'eut jamais connu, ce nom. Elle avait l'air d'une Emmanuelle ou d'une Gabrielle. Peut-être même d'une Graziella mais il ne l'espérait pas plus que cela. Sûrement pas d'une Raymonde ou d'une Paulette mais certainement pas l'accoutrement d'une qui a un nom ultra commun pour sa génération. Surtout pas une Mélanie, une Léa ou autre Cassiopée. Non, rien à voir avec ce genre de platitudes sans originalité... Il sortait de chez elle, pérégrinait sur les potentielles dénominations de cette fille trop peu inconnu... juste non baptisable... Il traînait un peu ses savates, Place de la République, par manque d'envie de quoi que ce soit. Pas envie d'aller bosser, pas envie de rentrer, pas envie de se restaurer. Il observait avec un rictus ironique l'amoncellement des sapins de Noël que la municipalité brûlerai un peu plus tard pour que le mal s'échappe, comme l'avait dit cet étrange hologramme en image de synthèse aux allures de Jean-Pierre Pernaud qu'avait fichu TF1 après sa disparition lors des "Incidents de décembre". TF1 l'avait dit, les gens l'ont cru. Depuis longtemps ça marchait comme ça, on ne referait pas le monde ! Il se rendait au café le plus proche et le plus accueillant à proximité. Bien qu'il ne soit pas encore huit heures, il escomptait bien se faire servir son déjeuner en terrasse pour cracher son bonheur libidineux à la gueule du moindre lève tôt qui passerait. Puis d'un coup, un gros éclat de lumière suivi de près d'un sifflement bref mais incroyablement assourdissant.
Elyas n'a rien compris, comme le reste du monde, encore étourdi de la nuit qui n'en finissait pas de laisser place au jour. Il aura fallu à peine une heure pour s'apercevoir que plus rien ne fonctionnait correctement. Il aura fallut trois heures aux média pour parvenir à informer les gens que ce qu'il venait de se passer était grave. Il aura fallu une vingtaine d'heures à certains groupuscules écologistes extrémistes pour réaliser deux attentats qui ne devaient pas en être. Il aura fallu quarante-huit aux gouvernements asiatiques et américains pour prendre une décision quant au sort du reste de la population mondiale. Il aura fallu soixante-douze heures pour que l'exode de Nord-Ouest de l'Europe se fasse avec perte et fracas.
Il n'a fallu que quinze minutes à Elyas pour voir que son portable était en rade, vingt-cinq minutes pour qu'il rentre finalement chez lui et avale un buvard imbibé d'une drogue peu chère mais à la mode et cinq longues journées pour redescendre de son trip et se rendre compte qu'il s'était fait coincé comme un con sur coin de territoire français.
Une seconde a suffit à changer sa vie en mauvais film de série Z. On pensait pourtant que le monde avait compris que c'était dangereux . On le pensait...
*
Ce matin-là, pour Aliocha, n'avait pas encore lieu car quelque part, à plus de six mille kilomètres de là où se trouvait Elyas, c'est à dire là où vivait Aliocha, il faisait encore nuit noire et pour ce mec de trente-sept ans à peine, beau métisse issu de l'union de Manfred Sternberg, orthodontiste d'origine juive allemande, et de Paula Cottonmouth, professeur afro-américaine dans une école élémentaire du public dans l'état du Maine, c'était presque la fin d'une des plus courtes nuits de sa vie, du genre de celles qui vont faire passer votre existence plate et frustrante à un truc semé d'embuches donc forcément empli d'excitation, plus encore que lorsque Aliocha eut rencontré Jeremiah, colosse roux irlandais de quatre ans son cadet, celui-là même qui le rendait heureux depuis quelques années incalculables pour Aliocha tant celui-ci se moquait éperdument des dates et de ces autres fadaises qui paraissent ridicules quand on aime... Aliocha est le genre de personne qui ne prend que très rarement le temps de respirer, même quand il dort, c'est d'ailleurs pour cela qu'il fait de l'apné du sommeil et qu'il se réveille immanquablement toutes quatre-vingt sept minutes, ce qui ne laisse à personne le temps d'élaborer des rêves dignes de ce nom mais ce qui permet néanmoins d'atteindre un repos certain bien que peu probable mais que voulez-vous, la vie est ainsi faite, on ne peut pa grand chose contre ce comportement physiologique, puis Aliocha ne saurai plus, de toute façon, comment faire autrement, même Jeremiah est habitué, c'est dire si c'est inscrit dans le déroulement de ce monde mais l'avantage dans toute cette situation c'est que cela permet à Aliocha d'inscrire son mode de vie dans un certain sens qui ressemble beaucoup à du professionnalisme, du fait il semble toujours en éveil et cela fait de lui, selon son ancien professeur, Bernhard H. Williams, à l'Université de Boston, un journaliste de grand talent... sauf que là... Une vibration du téléphone cellulaire d'Aliocha a mis fin à son énième session de sommeil avant la fin de celle-ci... Un appel qui va orienter sa carrière de journaliste... Orienter son monde... Un appel pour juste quelques mots et aux quels il ne répondera que très peu de chose... Un appel d'à peine vingt-trois secondes... Dans les jours qui succédèrent cet appel de celui qui s'avèrera son futur ex-patron, Mike Patterton, rédacteur en chef de CNN alors, Aliocha sentira son sang bouillir... Les évènements qui vont se produiront par la suite, les décisions qui seront prises... Le non-dit... Le mensonge... Le rejet... Il allait les refuser et donner un sens à son café trop fort et sa douche trop froide pour les matins à venir.
*
Visiblement un article daté du 14 janvier... On ne voit plus de quelle
année il s'agit, la date se trouvant près de la déchirure du papier et
ayant sans nul doute connu le frottement répété de plusieurs mains ou
d'une même main, un peu nerveuse. Un article issu du National Post,
quotidien canadien, négligemment déchiré par un lecteur mal-avisé d'une
bibliothèque française. On peut l'affirmer en découvrant le tampon
légèrement effacé de la dite bibliothèque municipale. L'article a pris
une teinte grisâtre et se trouve couverte d'une légère pellicule de
poussière. Il est coincé entre l'un des murs des commodités de l'édifice
public et un miroir tâché par l'usure et le manque d'entretien.
Peut-être l'un des derniers miroirs au mercure qu'on puisse trouver.
En titre, cette inscription en latin, étrangement pompeuse : "Pro Europa, alea jacta est !"... Le point d'exclamation semble de trop mais bon, pourquoi pas ?
En survolant l'article, on y apprend que suite aux "Incidents de décembre" ainsi qu'aux évènements survenus par la suite, une grande partie de l'Europe du Nord Ouest, dont la Belgique, les Pays-Bas, la Basse-Saxe en Allemagne ainsi que la moitié Nord de la France, devait être considérée comme zône inhabitable, hautement sinistré et au taux de radio-activité trop dangereux pour être viable. La Lorraine et la Champagne-Ardenne étant considérée comme un épicentre de la radio-activité devait être déserté au plus vite. Ces évènements ayant provoqué de forts mouvements de population qualifiable d'exode vers les états du Sud ainsi qu'en Asie et Outre-Atlantique, La nouvelle Union des Forces Monétaires et Militaires Mondiales (WMMFU) représentée majoritairement par les gouvernements des Etats-Unis des Amériques, sous le haut commandement du Président, fraîchement élu, Alejandro Perez-Stein, ainsi que de la République Populaire de Chine, représentée par la Présidente Maggie Teng-Hui, ont décidé, après le Conseil extraordinaire de janvier, de déclarer l'Europe comme zône de non-droit et qu'un accueil des populations devait être organiser et effectué dans les trente jours. Au delà de cette periode, toute personne provenant de cette zône sera soit mise en quarantaine soit appelée à retourner sur la zône soit repoussée sur le champs voire par la force. La zône épicentrale sera désormais considérée comme non-existante. Un no man's land.
A la droite de l'article, deux photos superposées ternies. La première représente le "couple" dirigeant. Perez-Stein est un grand homme de près de cinquante ans, latino américain, doté d'un charme de suite notable. Il a le regard assuré. Il est en bras de chemise et cravaté. À ses côtés, La Teng-Hui, belle femme asiatique de soixante ans, droite comme un "i", les yeux froid mais le sourire familial. Elle porte une robe de soie vert emmeraude, un peu stricte. Les deux gouvernants regardent dans la même direction. Ca ressemble presque à une affiche de propagande de la seconde guerre mondiale.
La seconde photo est une vue satellitaire de la dite zône de non-droit. On reconnaît aisément la région décrite dans l'article. On a mis en rouge la zône épicentrale.
En bas de l'article, les initiales "A. S.".
En bas de la page, noté au stylo noir, cette phrase : "toujours un temps de retard..."
En titre, cette inscription en latin, étrangement pompeuse : "Pro Europa, alea jacta est !"... Le point d'exclamation semble de trop mais bon, pourquoi pas ?
En survolant l'article, on y apprend que suite aux "Incidents de décembre" ainsi qu'aux évènements survenus par la suite, une grande partie de l'Europe du Nord Ouest, dont la Belgique, les Pays-Bas, la Basse-Saxe en Allemagne ainsi que la moitié Nord de la France, devait être considérée comme zône inhabitable, hautement sinistré et au taux de radio-activité trop dangereux pour être viable. La Lorraine et la Champagne-Ardenne étant considérée comme un épicentre de la radio-activité devait être déserté au plus vite. Ces évènements ayant provoqué de forts mouvements de population qualifiable d'exode vers les états du Sud ainsi qu'en Asie et Outre-Atlantique, La nouvelle Union des Forces Monétaires et Militaires Mondiales (WMMFU) représentée majoritairement par les gouvernements des Etats-Unis des Amériques, sous le haut commandement du Président, fraîchement élu, Alejandro Perez-Stein, ainsi que de la République Populaire de Chine, représentée par la Présidente Maggie Teng-Hui, ont décidé, après le Conseil extraordinaire de janvier, de déclarer l'Europe comme zône de non-droit et qu'un accueil des populations devait être organiser et effectué dans les trente jours. Au delà de cette periode, toute personne provenant de cette zône sera soit mise en quarantaine soit appelée à retourner sur la zône soit repoussée sur le champs voire par la force. La zône épicentrale sera désormais considérée comme non-existante. Un no man's land.
A la droite de l'article, deux photos superposées ternies. La première représente le "couple" dirigeant. Perez-Stein est un grand homme de près de cinquante ans, latino américain, doté d'un charme de suite notable. Il a le regard assuré. Il est en bras de chemise et cravaté. À ses côtés, La Teng-Hui, belle femme asiatique de soixante ans, droite comme un "i", les yeux froid mais le sourire familial. Elle porte une robe de soie vert emmeraude, un peu stricte. Les deux gouvernants regardent dans la même direction. Ca ressemble presque à une affiche de propagande de la seconde guerre mondiale.
La seconde photo est une vue satellitaire de la dite zône de non-droit. On reconnaît aisément la région décrite dans l'article. On a mis en rouge la zône épicentrale.
En bas de l'article, les initiales "A. S.".
En bas de la page, noté au stylo noir, cette phrase : "toujours un temps de retard..."
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