Présentation du blog

Auteur depuis la sortie, en 2010, de mon premier livre (recueil de nouvelles intitulé Les Délétères, aux éditions Mon Petit Editeur), je me lance aujourd'hui dans l'aventure de la rédaction de mon premier vrai roman après avoir délaissé certains projets par manque de motivation... Ce blog a pour but de m'obliger à produire plus avec d'avantage de suivi de façon à concrétiser ce second projet littéraire.
Ce que vous pouvez donc lire sur ce blog tient d'avantage de l'écriture automatique, d'un premier jet, du Work In Progress que d'une œuvre finie... Le texte connaîtra sans nul doute un tas de modifications à l'avenir...
Bonne Lecture !

P.S.: A chaque nouveau chapitre publié, je m'impose un thème que j'ai choisi mais vous pourrez m'en proposer quand bon vous semblera (tant que cela restera cohérent avec l'histoire) et je m'impose de la musique... En introduction à chaque article je mettrai donc en évidence le thème (dans le titre) et l'artiste que j'écoute...
P.P.S.: La Photo de présentation de ce blog a été prise par M. Vincent RIGAUD pour le site Reims Avant dont vous trouverez un lien ci-contre, vous trouverez la photo originale ICI... Elle a été modifiée par mes soins. Vincent, pardon pour la trahison éhontée mais assumée !

Chapitre 1 - Un matin comme les autres ?

Quelques rayons de soleil parvinrent au visage d'Elyas, au travers des stores cassés des salles de conférence situées au sous-sol de la bibliothèque Carnégie. Les premiers de la journée. Ceux qui ne manquèrent pas de mettre en éveil tous les sens du jeune homme. Enfin, jeune... Plus autant qu'il le souhaiterait. En ouvrant un oeil, ce matin-là, il sait qu'il ne pourra plus se dire autre chose qu'un homme d'âge moyen. Malgré que le temps, depuis quatre ans, n'a plus vraiment d'intérêt, il sait qu'en se rendant aux toilettes, pour son besoin naturel journalier, il verrait désormais le regard d'un trentenaire. Sortant de son allitation perpétuellement provisoire avec quelques difficultés, il parvient à se mettre sur pied en quelques secondes, suffisantes pour se rendre compte que le sol est chaque jour plus douloureux... ou bien peut-être est-ce son pied droit qui s'endolorit davantage à chaque réveil. Il jette un oeil sur cette étrange chambre dans laquelle il a élu domicile il y a 782 jours (une barre de plus à tracer dans l'encadrement de la porte, un coup de couteau habile dans le bois décoratif). Ce temporaire depuis longtemps et étrangement, il lui semble que ça ne va pas changer de si tôt. Un coup de balais et un rien de rangement fera l'affaire pour une autre semaine. Ou deux. Ou sûrement plus, on verra.
Elyas se traîne un peu péniblement jusqu'au cabinet de toilettes autrefois publiques. C'est à trois mètres de là, mais le matin cela se présente toujours comme l'équivalent d'un marathon. Le dos fait souffrir, le cou est raide et ces légers maux de tête nocturnes qui n'en finissent pas.
Enfin arrivé devant le miroir, il tire l'eau fraîche au goût de renfermé, s'en asperge abondamment le visage avant de constater qu'il a toujours cette gueule de lui. Juste avec un an de plus. Probablement avec une ride en plus, une zone qui paraît blanchie dans sa chevelure, du moins éclaircie, une couche supplémentaire d'écorce, un peu de mousse rougeâtre, un ou deux feuilles de moins. Cela fait plus d'un an que ça a commencé à pousser sur lui, que cela fait progressivement parti de sa vie, que cela s'impose. Son arbre prend de l'ampleur. Comme tout le monde, Elyas a deux bras, deux jambes, deux yeux, deux narines. Comme un peu moins de la moitié des gens, il a sa paire de couilles, sa paire de mains et de pieds. Et depuis 387 jours (encore une petite scarification sur son mollet gauche, un truc rituel comme un peuple en Guinée qu'il a pu voir en photo dans un vieux numéro de National Geographic), il a cet arbre né en deux brindilles sur le haut du crâne qui se sont développées en deux belles branches. Un arbre dont l'espèce échappait toujours à Elyas comme un organe inconnu et dont l'utilité lui apparaissait sempiternellement mystérieuse.
Comme chaque matin Elyas scrute les nouvelles imperfections de son corps et de son visage. Avec l'âge, le corps est modifié au quotidien. Parfois en bien, parfois en mal. Mais d'une manière générale, il n'avait pas de quoi se plaindre. Il se trouvais plus de charme qu'à vingt ans. Ses muscles sont plus développés avec une harmonie agréable. Ses traits se sont caractérisés. Il se plaît, c'était déjà pas mal.
Mais devant ce miroir, ce jour-là, il ne vit aucun changement particulier. Aucune modification notable de son état. Cela lui donna le sourire. Sans changement, pas de déception ni de ravissement, juste une stabilité rassurante. Son arbre lui semble presque beau. Jusqu'à ce petit truc, un détail insignifiant. Un machin qui aurait pu lui échapper s'il n'avait eut la mauvaise idée de se frotter derrière les oreilles.
Une vieille habitude de gamin, Elyas aimait frotter son index à l'angle que formait ses oreilles avec son crâne. Cet endroit où l'on trouve toujours une légère odeur de pet de bébé. Un tic un peu régressif qui lui faisait penser que non, il n'était pas totalement un monstre, il était toujours une sorte d'humain.
Derrière son oreille droite, un bouton végétal... Aussitôt, il plie son oreille autant qu'il pu afin de voir ce dont il s'agit. Après quelques secondes de démantibulassions en tous genres, il parvient à le voir : un bourgeon avec à son extrémité une couleur proche du zinzolin.
Cette couleur il la connait. Dans l'une de ses vies d'avant, il avait peint les chambres privées d'une boîte libertine dans cette couleur.
Une fleur.
Une fleur pour ses trente ans. Drôle de cadeau de la nature.. ou des "incidents de décembre" pour son anniversaire.

Le sourire chute. Le regard baisse. Une journée de plus...

*

 Les premières lumières du jour parvinrent à Aliocha presque deux heures après son café du saut de lit... Ses insomnies n'y sont pour rien ce matin là. L'excitation du voyage qui se prépare y est pour beaucoup plus. Le soleil est en retard par rapport à lui, ça lui plaît comme idée. Aliocha est le genre de personne qui a besoin de se sentir en avance sur quelque chose pour se sentir bien. Cheveux fraîchement retaillés près du crâne, tricot de peau à manches longues et col déboutonné jusqu'à la naissance de ses pectoraux qui laisse apparaître des poils frisottés, il fait courir son regard sur les dernières nouvelles et sur les ultimes points à vérifier. Tasse de café au lait froid à la main.
Jeremiah, t-shirt crade, caleçon lâche, cheveux en pagaille et barbe épaisse tirant sur le orange vif, venait tout juste de se lever, l'oeil dépité : "Toi, t'as encore dormi peau d'zob cette nuit, j'suis sûr !
- Non, ça va", répondit un Alyocha concentré sur l'écran de son notebook. "Me suis réveillé que trois fois. Mais je pouvais plus resté au lit. J'veux partir en ayant plus rien d'autre à penser.
- C'est à dire...? Tu veux avoir l'esprit libre ? Tu sais que je reste là, moi. Je vais m'en occuper, des trucs casse-burnes...
- Ça je sais, je veux juste revérifier...
- Quoi encore ? Ça fait plus de trois ans que tu penses à ce voyage. Ça fait six mois que tu payes les trois gugus qui vont t'accompagner, juste pour être sûr qu'ils vont pas se débiner à la dernière minute. C'est bon, t'es prêt ! Qu'est-ce tu veux faire de plus ?"
Aliocha eu un long regard pour Jeremiah. Un léger sourire aussi. "C'est aussi parce que tu parles comme un charretier et pour ce bon sens populaire que je sais que je pourrais pas vivre sans toi.
- Tu vas vivre sans moi ! Pendant plus de trois mois.
- Peut-être moins...
- Ou peut-être plus ! Me fait pas chier avec ma façon de parler ou de penser...
- Je t'ai demandé si tu voulais venir avec nous...
- Pour chercher quoi, des leprechauns, des licornes, les ruines de Poudlard ?... Je sais que tu es persuadé de ton truc mais sérieux. Tu vas dans un trou paumé qui daube du fion sévèrement en matière de radioactivité pour trouver les populations qui y vivent encore et tu voudrais que je te prenne pas pour le malade que tu es ! Je t'aime mais faut pas non plus me prendre pour le dernier des connards. T'as conscience que moi j'en dors pas depuis des semaines de ton truc.
- Tu t'endors comme une pierre !" l'interrompit Aliocha, avec un air moqueur à souhait. "'Toutes les nuits j'ai droit au dernier concert de Louis Armstrong en live, c'est une perpétuelle redécouverte...
- D'une, te fous pas de ma gueule. De deux, te fous pas de la gueule du jazz. C'est en parti grâce à ça que je paie une partie de nos factures !
- C'est de l'humour !
- Je sais que c'est de l'humour !.. Tu fais chier !" Finit par lâcher Jeremiah avec un sourire en coin qui faisait mine de ne pas en être un. "Venir avec toi et ton équipe, franchement... Je servirai à quoi. On a dit que je reste ici, je reste ici.
- Toronto, c'est pas le paradis non plus.
- Qui te parle de ça ? Je veux juste pas partir me faire irradié la gueule. Je suis pas fou. Puis c'est pas mal pour un musicien de faire le mec qui souffre de l'absence de l'autre. Puis c'est pas mal pour draguer, aussi.
- Connard.
Jeremiah rit un peu et se penche sur Aliocha pour lui embrasser le front. Petit geste presque paternaliste qui tient de la tradition dans leur couple. Un couple à l'ancienne, qui ne sombre pas dans le mélo, qui se la joue discrète.
L'irlandais part vers la cuisine en se grattant nonchalamment le cul. "Y a encore du café ?
- Bien sûr.
- Tu pars vers quelle heure ?
- D'ici, dans moins d'une heure, j'ai rendez-vous avec Rama et Sig à dix heures et demi. On prend l'avion pour Alger vers quinze heures.
- Rama, c'est la meuf ou le mec ?
- C'est la fille. Sigmund, c'est le preneur de son qui a fait son stage à CNN, y a trois mois.
- Ok !... Pff ! Tu parles d'un voyage. T'es pas arrivé quand même...
- Arrête de gueuler de la cuisine et reviens, j'aime pas parler au vent !" lança finalement Aliocha. Jeremiah reparu dans l'encadrement de la porte du salon où se trouvait son compagnon pour conclure la discussion par un "mouais" sceptique.
Aliocha leva les yeux au ciel.

 *


Y a des matins où l'envie est trop forte. De crier, de courir, de dire merde à tout, de se rouler dans l'herbe, de chanter, de manger le plus de sucre dont on se sent possible, de danser jusqu'à ce que les pieds saignent un peu, de boire jusqu'à ne plus pouvoir sentir son corps, sa tête, ses mots... Des matins où l'envie de jouir, de souffrir, de se sentir vivant, de frôler la mort, de se cogner la tête contre le béton, de se frapper la poitrine au point que la douleur remplace l'idée d'un battement de cœur, que l'envie d'exister rien que pour soi durant juste trois minutes dépasse presque les besoins vitaux de l'être humain.
Pour Elyas, ce matin-là, l'envie était de sortir nu de ce qui était quasiment devenu son chez lui pour crier à s'en déchirer la gorge et puis se branler jusqu'à ne plus pouvoir rien sortir de ses testicules. Un besoin primaire, animal, trop humain... Ceux qui n'ont pas de pénis ne peuvent pas comprendre cette envie adolescente et totalement crétine de se purger de sa semence. Cette nécessité qui relève presque du morbide. A l'heure où il découvre les âfres de l'âge adulte, Elyas se sent le devoir de le faire.
Hurler, d'abord.
Hurler son corps sa nudité ses regrets son absence de regrets sa gueule son arbre ses bras poilus le pourpre foncé des pétales de cette putain de fleur ses jambes ankylosées dés le matin son cul flasque chaque soirs son oreille gauche au lobe double sa tignasse brune incoiffable son odeur son pénis l'odeur de son pénis l'odeur de ses doigts... Hurler jusqu'à avoir mal ! Qui le lui aurait reprocher, de toute façon ? Qui dans cette cité délaissée de partout pourrait trouver quelque chose à redire par rapport à ce besoin de se délester des quelques grammes de ses fringues, des quelques kilos de ses forces, des quelques tonnes de ses ressentiments. Hurler parce que ce jour-là il peut, ça lui était permis... Pas par une loi, pas par autrui, juste par lui. Hurler parce que la bienséance ce matin-là n'avait rien à foutre dans les parage. Hurler parce que putain ça fait un bien fou ! Hurler pour faire se contracter tous ses muscles jusqu'à se sentir inapte à tout autre forme d'activité... Puis malgré toute cette énergie déployer, faire ce qu'il avait prévu. Mais juste une fois, pour l'hygiène. Juste une fois parce que se faire un peu plus de mal ne serait pas plus utile que cela. Juste une fois pour vérifier qu'il y a bien de la chaire sous le bois croissant, dessinant des bas-reliefs incroyablement précis et complexes entre cet épiderme végétale et les chairs tendues de ses muscles tracés au couteau sous la peau aux reflets de miel. Et puis parce que dépasser les trois minutes pour cette activité relèverait de la perte de temps. Même à cette période où le temps est une denrée plus qu'abondante, la branlette était un exercice superflu.

Les quelques gouttes de liquide gluant se postèrent sur l'écorce d'un bouleau, à à peine un mètre de là. Un truc un peu épais et blanchâtre qui sèchera bien vite.

Au moment où Elyas récupère son caleçon d'une époque révolue alors qu'il l'avait laisser sur un buis à l'ampleur extraordinaire, une voix se fait entendre au loin. Une voix d'homme. Grave et à l'accent quotidien.
Elyas ne se retourne pas.
- Ca va bien, Ely ? Un souci de bon matin ou c'est juste une de tes terreurs de l'Aube ? Parce que si tu as besoin d'un remède pour un truc, Mado vient de faire une récolte des herbes qu'elle fait pousser dans le clocher est, ça pause aucun problème...
- C'est bon. Laisse tomber... T'inquiète... J'ai...
- T'as quoi ?", l'interrompit la voix qui s'avéra celle d'un ancien gros fumeur tant elle éraflait violemment l'air.
- J'ai trente ans, aujourd'hui.
- Tu fais chier à foutre les pétoche pour un rien, Ely... Pff ! Quand t'aura un truc sur le dos et que t'auras débander, tu passeras manger un truc avec moi. Et range ton truc qui dépasse. C'est dégueulasse, à c't'heure.
- J'arrive."

Elyas rentra en vitesse et passa une vieille chemise ainsi qu'un bermuda troué, des sandales de plage en plastique jaune transparent et fila prendre son petit déjeuner avec son voisin, Romuald. Le quinquagénaire le voyait un peu comme son fils. Elyas ne se voyait pas de manquer le rencard. Et puis s'il se devait de montrer la nouveauté à quelqu'un, ça devait être à cet ancien boulanger reconverti depuis les incidents de décembre en jardinier herboriste. Il saurait peut-être de quoi cette fleur tenait, avec un espoir furtif pour qu'il ne s'agisse pas des prémices à une fruitaison prochaine...

*

 Aliocha attend au Starbucks du coin, un latte machiatto caramel fumant à sa gauche. Jeremiah l'a accompagné, une paire de jeans sans forme juste enfilée et sandales de plage aux pieds. Il est au comptoir et patiente pour un café viennois. Il picore déjà une part de tarte aux myrtilles. Il est onze heures et demie et les compagnons de voyage du jeune journaliste ne sont toujours pas arrivés. Il est anxieux. Il gribouille quelques mots sur un calepin à couverture de cuir souple posé à sa gauche. Quand Jeremiah revient à la table, il pose ses consommations en face de celle d'Aliocha, attrape ce dernier par la nuque, l'embrasse à pleine bouche, le lâche et s'installe avec une once d'impertinence dans le regard. Aliocha rougit un peu puis lâche son stylo. Il empoigne son gobelet de café et le sirote au travers d'un couvercle plastique. Il s'impatiente. Il sait bien qu'ils ont le temps, que le vol n'est pas pour tout de suite mais merde ! Qu'est-ce qu'ils foutent, bordel ?
- C'était à prévoir, tu penses pas ?
- Non ! En aucune façon ! Rama est une nana droite. Et ça me fait chier ce retard. On devrait être en route vers l'Aéroport...
Une mélodie rockabilly sortant de sa poche interrompt la crise d'humeur d'Aliocha. Sur l'écran digital du téléphone cellulaire qu'il en sort est écrit "Mike Patterton". Presque un an qu'Aliocha a quitté son poste à CNN et pourtant Mike l'appelait une à deux fois par mois. Patterton est le genre de mec qui aime suivre ses poulains jusqu'au bout. Même lorsqu'ils avaient quitté la rédaction dans un tohu-bohu quasi anarchique foutant un bordel colossal. D'autant plus quand il s'agissait d'un mec aussi intègre qu'Aliocha. Il avait quitté la rédaction de sa chaîne alors que celle-ci promettait un avenir à ce jeune métisse afro-américain. Pour des raisons éthique discutables, selon lui, mais néanmoins notables. Aliocha décrocha, le visage fermé.
-Oui, Patty ?
- Y a bien longtemps que tu ne m'a pas appelé comme ça ! Qu'est devenu ton "M'sieur" des familles ?
- J'en sais rien ! Au fond de mes chaussettes, certainement ! Surtout depuis que tu essais de débaucher mes deux collaborateurs...
- J'ai débauché la peau de mes rouleaux, Alio. Tu aurais juste du te douter qu'un jeune en début de carrière t'aurai lâcher pour moins que ça ! Tout idéaliste qu'on puisse être à vingt balais, entre crevé en terre irradiée et faire des reportages pépères de Montréal au fin fond de la Louisiane, y a pas photo !
- Merci de me confirmer que Sigmund ne viendra pas ! Et puis c'est nouveau, de ton côté, "Alio"... N'importe quoi !
- J'essaie de nouvelles choses, c'est tout !..." S'en suivit un long silence gêné. "Sternberg, tu devrais te faire une raison. C'est dangereux ! Et puis tes suppositions ne reposent sur rien.
- M'sieur, 'scusez mais ferme ta gueule ! Je sais ce que j'avance. Des connections quotidiennes sur un réseau internet supposé abandonné dans cette région reculée de France, ça ne peut venir que d'une communauté de survivants. La WMMFU passe son temps à tromper la planète ! Que tu n'y crois pas, je m'en cogne ! Je te prouverai que je ne suis pas aussi jobar que tu peux le croire.
- Ah ! Sternberg ! Si j'avais eu la tête aussi dure que la tienne... Je ne serai jamais devenu ce que je suis !
- Une merde arriviste ?
- Un homme puissant, pauv' crétin !"

Rama débarque à cet instant même dans le coffee shop. C'est une belle femme à la peau noire ébène, fine et musclée, aux cheveux assez courts, chemisier blanc, mini short en jean, ballerines sports wear et collants épais. Elle est essoufflée et traîne avec vigueur une petite valise et un énorme sac contenant certainement son matériel vidéo. Elle souffle un pardon d'une voix sensuelle. Jeremiah se lève pour lui serrer la main. Rama le déshabille du regard en un clin d'oeil puis sourit avec une assurance étonnante.

- Je dois te laisser, Patty ! J'ai ma cam avec moi, au moins." Ainsi Aliocha conclut sa conversation.
- Dans vingt minutes, tu auras aussi une ingé son. Elle est stagière et peu expérimentée mais elle a le mérite d'avoir plus de tripe que le pétochard de mes couilles !" Ajouta Rama à haute voix, le ton revanchard. On entendit juste un "qui ça?" sortir du cellulaire avant que Aliocha raccroche hardiment.
- Rama, Jeremiah ! Jeremiah, Rama !
- On s'est déjà salués !
- Elle s'appelle comment ? C'est quoi son pedigree et plus important, comment tu as pu dégotter une meuf assez folle pour s'engager avec des inconnus ?
- Elle n'a pas encore finit ses études de journalisme. Elle s'appelle Khadija, elle a 19 ans, elle parle l'anglais, le français et l'arabe, elle vient d'Alaska... bien qu'elle n'ait pas le type de la région..."
Jeremiah ne peut s'empêcher de pouffer de rire. Pas encore l'âge de se prendre une cuite mais assez courageuse pour traverser l'Atlantique et partir à la recherche des fantasmes de son homme, il trouvait cela d'une drôlerie impayable.

Rama commanda un thé noir sans sucre et finit de présenter la remplaçante. Elle avait pris connaissance de l'ambition de la jeune fille le matin même et avait convaincu l'étudiante de tout lâché pour faire un reportage hors du commun du genre qui marquera l'histoire. Jeremiah ricanna durant tout le récit. Aliocha exulta de bonheur et d'impatience.

Quand finalement il fallut partir pour l'aéroport, Rama reçu un appel de la jeune Khadija pour l'informer qu'elle était déjà en train de les attendre, carte d'embarquement et passeport en mains.

Les trois jeune gens embarquèrent donc dans la vieille Chevrolet de Jeremiah et partirent hâtivement pour Montréal.

Le voyage se profile...

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